spéléologie24

Milieu fragile à consommer d'urgence !

 

Milieu fragile à consommer d'urgence ! : Galeries et salles des réseaux karstiques qui se développent sur des distances de plusieurs kilomètres souvent, témoignent du patient travail opéré  par les eaux souterraines dans les profondeurs du causse. Elles constituent un milieu particulièrement sensible et on n'a pas attendu la création, voilà plus de trois décennies, d'une bien timorée commission « Protections des cavernes » au sein de la Fédération française de spéléologie, pour s'en rendre compte.  Ce continent des ténèbres n'a eu, fort heureusement pendant longtemps que de rares explorateurs et visiteurs presque toujours respectueux d'un environnement vulnérable dont les beautés secrètes sont mises en péril par leur découverte même. Conscients des dégâts irréversibles que leur simple présence occasionnait à d'exceptionnels conservatoires de la faune hypogée, à de fabuleux territoires  minéraux où, parfois se découvraient, au détour d'âpres et sauvages conduits rocheux ou  derrière d'extravagants décors de calcite, de gypse ou d'aragonite d'irremplaçables et sublimes messages spirituels et artistiques de nos lointains ancêtres du paléolithique supérieur, les véritables spéléologues ont longtemps bataillé pour une stricte limitation du nombre de pratiquants.  Aujourd'hui, sous les coups de boutoir des Directions départementales de la jeunesse et des sports et avec la complicité active de la Fédération française de spéléologie, les grottes, que l'on transforme en stade ou aire de jeux, voire en piège à touristes, comme ce le sera bientôt à Tourtoirac, agonisent! Dès la fin des années 60 on parlait déjà de ces « grottes sacrifiées »  et de ces « classiques » que l'on destinait à l'accueil de cohortes de néophytes revendiquant avec arrogance le droit d'investir elles aussi le monde souterrain comme elles consommaient bien vite, dans la foulée, les eaux vives et la montagne.

                      Pourtant, nul, mieux que le spéléologue, ne sait combien cet univers mystérieux  doit  compter, pour survivre, sur la protection de ceux--là même qu'il autorise à le divulguer. Cette problématique conclusive du « Monde perdu » de Sir Arthur Conan Doyle, les adhérents du Comité départemental de spéléologie de la Dordogne n'en ont, apparemment, cure.  Il y a longtemps qu'entre préservation du milieu  et stratégie arriviste à visées associatives, médiatiques voire professionnelles, ils ont choisi. Depuis des années ils multiplient, avec le concours de la presse locale, les animations promotionnelles et les initiations expéditives qui renforcent les rangs de leurs troupes;  une augmentation d'effectif rime toujours avec subventions étoffées et pouvoirs renforcés vis à vis des autorités administratives.

                                          Ce mois d'octobre, en Périgord, ces nouveaux prosélytes d'une spéléologie ouverte à tous ont organisé diverses manifestations dont on mesurera rapidement l'impact désastreux  puisque l'objectif recherché est de transformer une discipline, qui aurait dû relever de la tutelle des ministères de la science ou de la culture et où le recrutement se faisait, jadis, par cooptation de membres jugés dignes de s'y impliquer, en une activité populaire de plein air soumise  aux diktats du marché des loisirs.

                       Nouveau gisement touristique et financier, la spéléologie, assure Annick Menier, trésorière du CDS 24, « est un loisir du dimanche, il faut être en forme, c'est sûr mais bon, il ne faut pas non plus être des surhommes ou des surfemmes pour le pratiquer ! » Dommage, mille fois dommage que ce ne soit pas le cas, au moins la horde des vandales ordinaires ne franchirait pas, pour le souiller, les porches du « pays du grand silence noir ».

                         Reste que de telles déclarations cautionnant sans détour l'avènement d'une pratique de masse satisfont, de toute évidence, Germinal Peiro le député PS et vice-président du Conseil général qui rêve de « faire de la Dordogne le premier département français des sports de pleine nature » même si c'est au détriment des milieux naturels.

                                          Ch.C. le 22/10/2006   

 



29/05/2007
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