Jovelle : La machine à remonter le temps

La machine à remonter le temps

            Aux frontières des Périgord Vert et Blanc, le repaire de Jovelle se dresse sur la pointe d'un plateau sauvage entouré de bois caussenards. C'est un endroit magique et fascinant où palpitent toujours l'esprit et la mémoire des hommes qui s'y sont succédés… Depuis la nuit des temps !

Ici, entre deux vallons latéraux et à l'extrémité d'une dalle calcaire doucement inclinée vers le Levant,  ont vécu ou séjourné des chasseurs de rennes, des défricheurs de forêts, des éleveurs et des laboureurs, des reîtres séculiers ou des clercs, des tailleurs de pierre comme des poètes aussi peut-être… Deux cents cinquante siècles d'occupation ont laissé sur place bien des traces et des ruines poignantes et romantiques aux abords d'une modeste source du Buffebale, le maigre affluent de l'Euche, ruisseau qui, plus à l'est, va lui-même grossir le cours de la Dronne. Ces vestiges, imposants ou ténus, sont une formidable machine à remonter les saisons du silex, du fer et de la foi. Ils émeuvent jusqu'au plus fruste qui, en flânant parmi eux, se sent entouré d'invisibles présences.

Pour ne pas succomber à l'envoûtement des lieux, il n'y a guère d'autre solution que de passer son chemin !

Mais si on est prêt au voyage…

 

 

 

C'est au détour d'un virage que  la route menant de La Tour Blanche à Verteillac dévoile soudain, véritable figure de proue émergeant d'un étouffant corset végétal,  la silhouette altière de la chapelle castrale de Jovelle. Image saisissante que celle de  ces abruptes parois verticales qui s'appuient sur quatre contreforts élancés ancrés sur les premières marches  d'un escarpement rocheux. Leur grand appareil régulier a fini par grisonner de bourrasques en giboulées et de giboulées en orages. Le chevet nu et austère de l'édifice qui veille du haut de ses archères canonnières à la tranquillité de la combe est percé d'une haute et étroite baie gothique trilobée. Dès l'aube, elle éclaire parcimonieusement le chœur d'un sanctuaire qui ne se déride que sous le ciel chaleureux de  ces mois qui ne sont pas en R. Les caresses des brises parfumées estivales font alors ondoyer le feuillage des arbres et du lierre qui enserrent et recouvrent les murailles et la voûte chapeautée de lauzes de l'édifice. Ce tableau bucolique voudrait faire oublier le danger que représente leur irrésistible invasion,  mais la marée verte obstinée n'attendra sûrement pas la fin du présent siècle pour réduire le monument  à sa merci… Déjà des arbustes poussent sur le toit dont on peut redouter, à brève échéance, la dislocation puis l'effondrement. La chapelle, comme les autres bâtiments du château, est classée mais sa sauvegarde, pour ne pas parler de restauration, n'est pas à l'ordre du jour ! L'argent manque toujours pour ce qui n'est  pas monnayable.

D'un pré où paissent quelques moutons il est possible en se frayant un passage au travers de buissons épineux,  d'atteindre la base de cet oratoire drapé dans sa rigidité de casemate. Un peu plus haut, parvenu devant le porche d'une cavité troglodytique en grande partie comblée, on découvre, en levant la tête, derrière l'entrelacement des branches, les restes d'une tourelle en encorbellement. Elle couronne l'angle d'un grand bâtiment barlong dont les mâchicoulis guerriers rappellent qu'au XIVème  siècle Jovelle était une place forte. Certains historiens répugnant à gâcher une si belle légende accordent du crédit au séjour céans du Prince Noir ! Si la tradition est vivace les preuves l'étayant sont moins qu'assurées. Qu'Édouard de Woodstock, fils d'Édouard III,  Prince de Galles et d'Aquitaine ait fait ou non étape à Jovelle, entre deux sacs et encore plus d'expéditions punitives, importe peu finalement d'autant que le repaire, âprement disputé ou décidément versatile, aurait également accueilli, quelques mois durant et bien des années plus tard, un autre occupant prestigieux : le roi Charles VII lui-même tout à sa reconquête du territoire. Les châteaux des Bernardières et de Bourdeilles qui s'honorent des combats victorieux menés sous leurs remparts par un certain connétable Du Guesclin ne peuvent, en revanche, se flatter d'une aussi auguste visite !

               

En contournant par la droite le pied de l'éperon sur lequel s'élèvent les ruines prégnantes du château on découvre la raison pour laquelle tant et tant de générations se sont accrochées au site. Au plus creux du vallon, entre la terrasse septentrionale de la forteresse des Dejean de Jovelle, des de La Croix puis des de Galard-Béarn. et le chemin, tout juste carrossable, qui conduit au sommet du plateau, une exsurgence ramène au jour, après un long périple souterrain, les eaux d'une petite circulation karstique. Pendant des siècles les hommes y étanchèrent leur soif, les animaux s'y abreuvèrent et on puisa dans un bassin aménagé de quoi satisfaire à l'arrosage des cultures.  Aujourd'hui, en dépit de pluies printanières soutenues le filet d'eau a, purement et simplement disparu, enfoui dorénavant sous des amoncellements de pierre et de terre. L'ancienne fontaine qui avait fait si longtemps l'objet de soins jaloux est en ruines. Sa voûte en berceau qui pendant des siècles avait préservé la ressource primordiale des souillures, cède peu à peu, démantelée par les intempéries et les pernicieux assauts de la végétation.

           

Au cours de ces dernières années son débit, subissant les contrecoups des prélèvements irraisonnés des maïsiculteurs, s'est amenuisé. L'absence d'entretien a fait le reste. Les prédécesseurs de Vivendi surtout sont passés par-là qui l'ont relégué, d'une simple ouverture de compteur, au rang de vieillerie. Tout proches mais tout aussi terriblement malmenés par les musculeuses racines des érables et des sureaux qui les broient comme le feraient des boas constrictors, les hauts murs d'un vieux lavoir, dont la porte a disparu, clament une douleur muette. Leurs moellons descellés s'apprêtent à choir et à s'enfouir dans la vase qui s'est substituée à l'onde claire dans laquelle les lavandières rinçaient, jadis, le linge de la maisonnée.

En face, à quelques dizaines de mètres de distance et de l'autre coté de la chaussée, le flanc nord du talweg dissimule mal, derrière un rideau de verdure, les embouchures d'une carrière souterraine. Avant la Der des ders des centaines de M3 de calcaire en avaient déjà été extraits. Peut-être pas sans dommage pour d'éventuelles cavernes dont, ici et là, des lambeaux de galeries résiduelles crevassent les fronts de taille. Curieusement, dès le début de leur activité, les exploitants avaient eu soin de contourner un imposant  îlot rocheux dans le but évident d'épargner le vaste abri rupestre aménagé à ses dépens. À l'origine la cavité n'était pas réduite, comme aujourd'hui,  à une seule mais vaste abside en cul de four ; elle était pourvue d'un avant-toit dont l'existence est attestée par une série de boulins et un larmier horizontal creusés au sommet de son porche. Le respect qu'elle a inspiré aurait pu découler d'un usage cultuel ancien. Pourtant l'examen attentif des parois ne révèle, entre niches et alvéoles plus ou moins profondes, la présence d'aucun petroglyphe pouvant attester la validité de cette hypothèse. Au reste la trace d'un ancien conduit de cheminée lui fait attribuer un bien plus prosaïque usage d'habitat.

                          

 

Les bouches d'ombre de la carrière ne chuchotent pas la moindre réponse à cet irritant mystère !

 

                    

Avant d'atteindre le faîte du plateau mais au-delà d'une nouvelle carrière ouverte tout juste en dessous la basse cour de la ferme du château, le chemin rustique creusé à même le roc ménage quelques surprises  Sur la gauche on remarque les empreintes résiduelles de la panse de deux silos superposés. Légèrement en contre haut, dans le bas-coté nord, un troisième silo n'a été amputé que d'une petite partie sud de son flanc. Ces vestiges suggèrent l'existence d'une importante aire d'entreposage à jamais effacée. Ils attestent également la vitalité de l'activité agricole locale bien avant la construction du repaire car, sur le replat La tour carrée du XIVème masque partiellement une nouvelle fosse antérieure à sa construction. Une opération de décapage systématique du sol rocheux en révèlerait certainement bien d'autres. Dans un de ses nombreuses publications consacrées aux « Cluzeaux et monuments mégalithiques de la région de Paussac » l'abbé Gabriel Chaumette (1) signale vers le milieu des années quarante « un silo de moyenne grandeur entre le puits du château et la terrasse » mais regrette de n'avoir pu retrouver « dans l'avant-cour, un autre complètement fermé ». Sur le flanc méridional de l'éperon Serge Avrilleau (2), comme, avant lui, beaucoup de visiteurs attentifs du site a remarqué « Au bord du grand terre-plein qui s'étend à l'ouest du château, une autre fosse… découpée par l'exploitation de la carrière » sous-jacente. 

       

Quel était, avant que le Roman ne revête le pays de sa « blanche robe d'églises » le vrai visage de Jovelle ? Était-ce déjà une motte féodale regroupant autour d'elle une communauté de paysans et d'artisans libres ou asservis ? S'agissait-il simplement d'une « borderie » vassale de La Tour Blanche ?

En est–il un de nous qui ne puisse déplorer à l'instar de l'abbé Marc Chassaing, l'auteur d'un agréable « Images de Ribérac et de Ribéracois » ses faibles connaissances du passé de nos ancêtres. « Notre soif d'en savoir plus long est une vraie souffrance ! » (3)

Une maison d'habitation bâtie certainement au tout début du XIXème siècle  et qui peine à masquer les outrages du temps, voilà sur le plateau la demeure de Claude Busca le propriétaire et dernier occupant du site. Prolongée par des communs en ruines elle est vraisemblablement la demeure où naquit, en 1844, Pierre Chaumette, le père de l'Abbé Gabriel Chaumette véritable pionnier de l'archéologie souterraine  qui explora et décrivit tout ce que la contrée, bien au-delà de son  pays Paussacois, lui offrait en matière de grottes et de cluzeaux.

               

Un peu plus loin se dresse une tour carrée hérissée de mâchicoulis; c'est avec l'échauguette, greffée sur l'angle opposé d'un logis maintes fois remanié, le morceau de bravoure d'architecture défensive de la forteresse. Si les remparts du XIVème siècle ont définitivement disparus c'est que sous Louis XIII ou Louis XIV le bastion a baissé les armes et laissé entrer, un tant soit peu, la lumière et le confort domestique. Tout au bout de la cour intérieure, longée par une terrasse dont l'esplanade est aujourd'hui colonisée par les ronciers et la végétation arbustive, subsistent, accolés à la chapelle, les moignons pathétiques d'une aile orientale XVIIème. Ces vestiges évoquent l'agrément d'un séjour dans des pièces honnêtes réchauffées à l'heure des frimas secs ou humides par de larges et belles cheminées, toujours agrippées aux murailles chancelantes. Avec un peu d'attention on croit surprendre encore, alors que d'un couloir proche parviennent les bruits assourdis d'une conversation enjouée, le crépitement d'un feu de bois derrière lequel tintinnabule la vaisselle disposée sur une table massive par des mains empressées…

La chapelle castrale ne récite plus que le Requiem ; Face à autel de pierre, vertigineusement accroché à quatre ou cinq mètres de hauteur, au chevet de l'édifice, il y a bien longtemps qu'on n'a plus célébré la rédemption !

 Son heure est venue, semble-t-il, de disparaître pour toujours fracassée sur les brisants du XXIème siècle ! Et pourtant il s'en faudrait de peu pour qu'elle puisse, à la faveur d'une restauration attentionnée, affronter hardiment le troisième millénaire rugissant. Sa chambre de défense est solide encore mais sa voûte en berceau brisé, bien que rétive au hara-kiri,  peine à s'opposer plus longtemps à l'éventration à laquelle, insidieusement la condamnent ceux qui l'ont abandonnée après avoir si souvent trouvé sous son toit le réconfort !

Et puis sous Jovelle, il y a une grotte …

Pas une de ces grottes aux couloirs infinis et aux galeries titanesques dont le sous-sol départemental n'est pas avare… non une grotte toute simple, à peine 50 mètres de longueur, mais dont les parois ont livré, à l'automne 1983, un exceptionnel témoignage spirituel et artistique légué à leurs descendants par des chasseurs de rennes qui croyaient sans doute que l'émotion est immortelle et intemporelle ! (4)

Achetée il y a plus d'un an par le Conseil Général de la Dordogne elle  demeure aujourd'hui encore, comme c'était déjà le cas depuis la tempête de 1999 qui avait malmené le grillage interdisant l'accès du site aux vandales, dans un pitoyable état d'abandon.

       

Pour pénétrer dans la cavité, classée IMH depuis 18 ans, il suffit, gymnastique autorisée aux impotents, d'enjamber un gros arbre couché sur la clôture mise en place dès 1984 par la direction des antiquités préhistoriques d'Aquitaine. Situées essentiellement dans la zone vestibulaire de la cavité les gravures,  des représentations de mammouths majoritairement auxquelles s'ajoutent les images d'un cheval, d'un boviné et d'un bouquetin, restent exposées aux déprédations de visiteurs indélicats. Le sol archéologique de ce sanctuaire qui pendant des millénaires, n'a cessé d'être occupé constitue un véritable trésor scientifique susceptible d'exciter la convoitise de fouilleurs clandestins. Il est d'ailleurs miraculeux que des saccages n'aient pas encore eu lieu !

Si dès l'annonce de sa découverte considérée « d'importance mondiale » par le ministère de la culture (5) la grotte a suscité le plus vif intérêt des spécialistes c'est que le remplissage sédimentaire envahissant sa galerie masque partiellement, et peut-être même recouvre en totalité, certaines œuvres gravées 25 000 ans avant le présent comme  beaucoup l'estiment en fonction de comparaisons stylistiques assurées. De la sorte il sera éventuellement possible, à l'issue de fouilles futures, d'approcher au plus près la période d'exécution d'un décor pariétal rapporté à l'inter Gravetto-Solutréen. Ramené au jour par les animaux fouisseurs l'important mobilier, céramique osseux lithique, médiéval, gallo-romain, du second âge du fer, de l'âge du bronze, du néolithique vraisemblablement mais aussi et surtout attribué à de nombreuses séquences successives du paléolithique supérieur, atteste l'exceptionnelle richesse d'un gisement demeuré pratiquement intact.

 En ce mois d'avril 2007 rien, hélas, n'a changé depuis l'acquisition du site. La grotte de Jovelle reste en déshérence ! Vestiges d'une paroi malmenée par l'érosion et le travail des carriers qui exploitaient l'escarpement, seuls quelques blocs gravés épars gisant à terre ont bénéficié d'un bâchage de protection contre les intempéries.

          

L'un d'entre eux, pourtant, reste exposé à l'air libre : il s'agit d'une meule de moulin monolithe dont la présence, à l'avant du porche de la caverne, demeurerait tout à fait étonnante si, à proximité, on n'avait également mis au jour une petite taillerie de meules identiques (6). Cette modeste carrière, d'où à peine plus d'une dizaine de ces lourds cylindres de calcaire ont été retirés, s'est développée au détriment d'un banc rocheux de l'Angoumien supérieur. Les cuves et les alvéoles d'extraction coalescentes qui se superposent de part et d'autre de l'orifice d'un conduit karstique à voûte surbaissé ne constituent certainement pas les seules traces de cette activité au flanc du plateau. D'autres demeurent probablement masquées par la végétation … certaines peuvent avoir été emportées par l'exploitation du matériau calcaire pratiquée ici de manière intensive de la fin du XIXème siècle jusqu'à la veille de la seconde guerre mondiale. À la périphérie ou en surplomb de la grotte ornée un atelier aujourd'hui disparu a pu exister dont cette unique meule porterait le témoignage. Des prospections attentives tireront l'affaire au clair !

                     

 

Au sud de l'édifice, de l'autre coté du vallon où serpente la route, s'étendent les bois dits de Halas. L'espace conquis par une chênaie ouverte, peuplée aussi de charmes et de noisetiers, était jusqu'au XIXème siècle le domaine de la pelouse xérophile, des pâtures à moutons, bovins et chèvres, alternant avec de plus rares parcelles cultivées. Depuis le moyen-âge vraisemblablement, des carriers extrayaient aussi, un peu plus au sud-est,  dans un véritable dédale de fosses rendues aujourd'hui pratiquement impénétrables par ronciers et genévriers, de volumineux quartiers de pierre. Dès cette époque une communauté paysanne établie en avant des « découvertes » tirait partiellement sa subsistance de champs au sol peu profond dont les limites demeurent conjecturales. D'anciennes murettes  en rappellent peut-être, le découpage. On y cultivait des céréales et pour préserver des récoltes d'autant plus précieuses que les rendements étaient faibles, les agriculteurs d'alors avaient construit, en bordure du talweg asséché la séparant du château de Jovelle, une grange dont plus personne en 1985 ne conservait le souvenir. Le toponyme halas, qu'il est tentant de croire issu du francique  halla (halé, halette en moselle et Picardie) évoque bien un hangar, un entrepôt, une halle. Les recherches et les fouilles entreprises (7) voilà 22 ans devaient mettre au jour les substructions rupestres d'une construction, en bois, torchis, chaume ou bardeaux, qui, sur une superficie de vingt-huit mètres carrés n'abritait pas moins de dix silos. Alentour, si on se résolvait à abattre des feuillus assez complaisants pour s'accommoder d'un sol sans générosité, il serait certainement possible de mettre au jour les fondations masquées d'un hameau oublié. À ce saccage délibéré et anticipé on est en droit, cependant,  de préférer l' incertitude des événements météorologiques tempétueux à venir qui en fauchant aléatoirement les arbres incriminés les révèleraient pareillement.

               

Jovelle, décidément, est loin d'avoir livré tous ses secrets. Sous terre, dans l'invraisemblable labyrinthe des carrières creusées dans les premières décennies de la IIIème république  se développent les centaines de mètres de galeries fossiles épargnées par la progression des fronts de taille. Leur exploration n'a pas toujours été poussée à bout et la présence à plus d'un kilomètre de là, vers l'ouest, d'une série de pertes et de gouffres laisse espérer de futures découvertes spéléologiques marquantes Malheureusement une gigantesque exploitation de calcaire dévore peu à peu la majeure partie du plateau comprise entre les lisières occidentales du bois de Halas et les ruines émouvantes de la ferme de Bourgogne, que la carte de Cassini désigne, trois siècles plus tôt, par l'anthroponyme « Chez Bourguignon ». On imagine bien que toute trouvaille fortuite intéressante, et le chantier en occasionnera plus d'une, sera détruite avant étude pour ne pas pénaliser l'actionnaire !

Reste que les mauvais coups portés à ces pelouses sèches vouées au pastoralisme annoncent toute une théorie de tristes lendemains. Le cœur se serre d'assister en outre, depuis quelques temps, à l'invasion de ces paysages paisibles par les hordes tonitruantes des adeptes la fameuse « moto verte ». Les vrombissements provocateurs de leurs engins entonnement aussi, à leur manière, la prière des morts !

 

 C'était une terre sacrée : au fil de milliers d'années des hommes y avaient exprimé le meilleur de leur condition. Sur les parois de la grotte ils célébraient le grand frère mammouth, bien plus tard, ils s'étaient appliqués à faire pousser le blé glorieux sur des espaces qu'avant eux, d'autres, à coups de haches de silex avaient disputé à la forêt primaire. De nouveaux venus y révélèrent, ensuite, leurs talents de bâtisseurs esthètes, dressant des fortifications protectrices, érigeant une chapelle, refuge et bouclier de l'espérance, aménageant enfin des terrasses pacifiées et un lavoir essentiel ! L'harmonie et la beauté étaient ici, sans qu'aucun d'eux ne les revendique, la planche de salut de ces combattants de l'existence en des temps terribles qui voulaient annoncer la délivrance.

            Et le soleil s'est levé, puis couché… et la lune mille fois s'est partagée, au ciel étoilé, en quartiers… et, enfin, les arrière-petits-fils dégénérés des précédents ont surgit. Soudain ! Caparaçonnés de pied en cap, chevauchant des montures rugissantes ils ont fondu d'un même élan sur leur mémoire… la réduisant en tas de cendres sous leurs brûlants et dévastateurs galops motorisés.

            Ça se passe chaque année à Jovelle, entre la grange médiévale, la grotte ornée, la chapelle et le château… les cluzeaux et les silos, les carrières anciennes et les antiques tailleries de meules de moulin… au milieu de bois paisibles sillonnés, pour les besoins du spectacle, par une infinité de pistes de trial au sol mutilé et aux arbres riverains asservis par un fléchage omniprésent agrafé à même le tronc ou tagué à l'aérosol !

Christian.Carcauzon  Le 5/4/2007

 

(1)    Ch.Carcauzon « Gabriel Chaumette : un pionnier de l'archéologie souterraine » Le Périgourdin N°18 Sept-Oct 2003 pp 22-27.  et  http://paussac.blog4ever.com  article sous le même titre nbrs photos.

(2)    Serge Avrilleau « Cluzeau et souterrains du Périgord » Tome 4 Pref Ch. Carcauzon  p 167 à paraître.

(3)    Marc Chassaing « Images de Ribérac et du Ribéracois » pref E. Dusolier Ribérac 1951

(4)    Ch.Carcauzon « La grotte préhistorique de Jovelle » B.S.H.A.P  Tome CXI 1984 pp 5-28 5 photos 4 pl H.T

(5)     « L'action du ministère de la culture en aquitaine » p 7 bordeaux 1986

(6)    Ch. Carcauzon 1985.

(7)    Ch. Carcauzon 1985 Revue Archélogique SITES N° 36-37 1988 PP 29-35 . Découvertes souterraines en Périgord PP 191-199 Le  Roc de Bourzac 1991

 

 

C'est en novembre 1983 que nous avons découvert  l'exceptionnel décor pariétal paléolithique de la grotte de Jovelle et effectué, en solitaire et après désobstruction partielle d'une chatière, l'exploration de la galerie profonde inviolée de cette même cavité.

6 mois auparavant, sans que nous en ayons eu connaissance, Serge Avrilleau s'était déjà introduit dans la zone vestibulaire de la caverne, alors inédite mais bien connue pourtant des carriers et des champignonnistes qui l'utilisèrent un temps comme latrines.

Le sol, bouleversé par les animaux fouisseurs comme par le piétinement d'anciens usagers et de plus rares visiteurs, devait à l'occasion de cette incursion, lui livrer un abondant mobilier archéologique lithique et céramique protohistorique.

Lors de notre visite, un semestre plus tard, nous devions, comme lui, collecter en surface des outils sur lame, des pointes et des burins mêlés à de nombreux tessons attribuables à des productions de l'Age du bronze, gallo-romaines et  médiévales.

Serge Avrilleau, afin de clore une controverse bien superflue s'agissant de nos contributions respectives, a bien voulu écrire une mise au point, à paraître  prochainement dans le tome IV de son irremplaçable inventaire des cluzeaux et souterrains du Périgord.

Nous en donnons, ci-dessous, un extrait. Ch.C le 25/6/2007

 

« Christian Carcauzon a bien découvert des gravures remarquables dans cette même grotte… Je reconnais bien volontiers que je ne les avais pas vues, malheureusement, absorbé que j'étais  par les vestiges préhistoriques au sol…

En définitive, et pour couper court à toute polémique, je pense qu'il y a lieu de considérer que nous sommes deux inventeurs de la grotte de Jovelle; l'un pour le mobilier archéologique, l'autre pour les gravures »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Article ajouté le 2007-04-13 , consulté 791 fois

Commentaires


Jean Berty le 27/04/2007 à 10:54:59
Toujours aussi prolifique, auteur séduisant, que n'es-tu édité davantage? toi non plus. Tant pis continuons comme ça !

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